Le langage du Jazz
Publication : 7 juin, 2014 > par Sidney Usher | Catégorie(s) : Culture | Commentaire(s) (2 commentaires)

Un solo de Keith Jarrett ou de Bud Powell n’est pas une simple juxtaposition ou combinaison de notes, mais une véritable conversation que son auteur cherche à établir avec son auditoire. Pendant qu’il improvise, le cerveau du musicien de Jazz, fonctionne de la même façon que celui d’une personne qui parle. C’est la principale conclusion d’une étude parue dans the journal PLOS ONE réalisée par des universitaires qui ont mis en lumière le processus de la création spécifique à cette forme d’art. L’observation du cerveau d’un Jazzman plongé en pleine improvisation laisse apparaitre une activité renforcée « des zones habituellement associés à la langue et la syntaxe parlée – utilisées pour déchiffrer des mots et des phrases ».

4X4

budLes scientifiques de l’Université Johns Hopkins (Baltimore) ont utilisé des scanners IRM pour suivre l’activité du cerveau des musiciens de jazz dans le cadre d’un « quatre fois quatre » – un processus dans lequel les musiciens participent à une suite d’échanges instrumentaux spontanés, habituellement de courte durée (quatre barres). Cet échange est une véritable «conversation musicale» au cours de laquelle les musiciens introduisent de nouvelles mélodies en guise de question-réponse à des idées musicales élaborées et modifiées au cours cette performance.

Les résultats de l’étude mettent en évidence l’importance des régions du cerveau qui traitent de la syntaxe et du  processus de la communication en général, que ce soit par la langue, ou à travers la musique.

Avant cette étude, les scientifiques avaient focalisé leurs recherches sur la façon dont le cerveau traite la communication auditive entre deux individus dans le contexte de la langue parlée. Cette nouvelle étude, qui procède à l’analyse du processus de création du musicien de Jazz, présente une autre approche de la communication interactive, sur une base purement neurologique et en dehors de la langue parlée.

Communication musicale

«Nous avons montré dans cette étude qu’il existe une différence fondamentale entre la façon dont le sens de la communication est traité par le cerveau par le biais de la musique, d’une part, et la langue, d’autre part. C’est le traitement syntaxique qui est la clé de communication musicale. Cependant, les notions conventionnelles de la sémantique peuvent ne pas convenir au traitement musical par le cerveau », a déclaré le Dr Charles Limb, Professeur agrégé au Département d’ORL de la Faculté de médecine de l’université de Baltimore.

Pour réaliser cette étude, les scientifiques ont étudié l’activité cérébrale de 11 hommes âgés de 25 à 56 ans ayant des compétences avérées en matière du piano-jazz. Au cours de chaque session de 10 minutes, chaque musicien a été installé dans une machine IRM avec un piano conçu en plastique afin de neutraliser les gros aimants du scanner.

L’improvisation solitaire des musiciens a mis en évidence l’activité des régions du cerveau liées au traitement syntaxique du langage activés, appelée gyrus frontal. En revanche, l’échange musical a désactivé les structures cérébrales impliquées dans le traitement sémantique, appelée le gyrus angulaire et le gyrus supra marginal.

Selon le Professeur Limb: «Quand deux musiciens de jazz sont dans un « 4X4 », plongés dans leurs pensées, ils ne sont pas simplement dans une situation d’attente de leur tour de jeux. Ils utilisent les domaines syntaxiques de leur cerveau pour traiter ce qu’ils entendent afin d’apporter une réponse idoine par un nouveau chorus. »

Notis©2014

Illustration: Bud Powell (photo: Herman Leonard)/ Max Roach-Clifford Brown Quintet (photo: Herman Leonard 1954)


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