La prostitution infantile se banalise
Publication : 24 novembre, 2013 > par Mary Mazur | Catégorie(s) : Droit humanitaire | Commentaire(s) (Pas de commentaire)

L’exploitation sexuelle des enfants n’est plus un sujet tabou. Dans certains pays, elle est enracinée dans des pratiques ancestrales et culturelles. Les clients sont, pour la plupart, des superstitieux à la recherche de sensation forte, convaincus que l’amour avec les plus faibles donne force et jeunesse. Certains recherchent des prostituées très jeunes dans l’espoir d’éviter les maladies transmissibles sexuellement. «Facilement manipulés» et plus vulnérables, les enfants sont des proies faciles pour ces curieux prédateurs.

La pauvreté

La prostitution des enfants est un phénomène qui se développe sur le terreau de la précarité matérielle et sociale des victimes. Les jeunes filles issues de milieux défavorisés et les enfants des rues ou abandonnés par leur famille ont plus de risques que les autres de tomber dans la prostitution. La pauvreté, est donc bien le cœur du problème. L’itinéraire est quasiment le même : Les parents confient leurs enfants à un voisin, un oncle ou autre, et les petites sont ensuite vendues ou recrutées par un petit ami proxénète pour être prostituées. Anéanti dans l’œuf, le libre arbitre de la jeune fille convaincue d’aller travailler en ville comme aide ménagère et forcée à se prostituer dans un appartement n’a donc qu’illusion…

De la prostitution à l’exploitation sexuelle et à la traite, il n’y a qu’un pas. En effet, la traite est le meilleur moyen pour les réseaux d’alimenter le marché de la prostitution, et ces derniers ciblent les familles vulnérables qui sont prêtes à envoyer leurs enfants en échange de quelque chose. De nombreux enfants, persuadés que c’est le seul moyen de subvenir aux besoins de leur famille, acceptent ainsi d’être exploités. Nombre d’entre eux en périssent après avoir été kidnappés. En Algérie, 276 enfants ont disparu en 2012, nombre d’entre eux ont été retrouvés assassinés et ayant subi des violences sexuelles, 13 enfants par heure disparaissent en Inde.

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Le tourisme sexuel

L’exploitation sexuelle des enfants se nourrit aussi du « tourisme sexuel » qui connaît un essor géographique considérable. Le tourisme sexuel est le fait de voyager dans le seul but d’avoir des relations sexuelles avec des autochtones, la plupart du temps contre rémunération financière. Naguère, un fait masculin issu des pays occidentaux, le tourisme sexuel concerne désormais les femmes occidentales qui n’hésitent plus à prendre des « vacances ». Des agences de voyage se sont même spécialisées dans ce type de prestation touristique. Les destinations désormais concernées recouvrent une grande partie du globe. Quatre grandes régions abritent ce type d’abus : l’arc asiatique (Japon, Philippines, Cambodge, Thaïlande, Corée du Sud, Inde), les côtes touristiques africaines (Maroc, Namibie, Madagascar, Kenya, Sénégal, Côte d’Ivoire, Madagascar, Tanzanie, Afrique du Sud), l’arc latino-américain (Caraïbes, côtes mexicaines, Colombie, Brésil) et certains pays du Moyen Orient.

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Les nouvelles cibles

L’essor du marché du sexe n’est pas seulement le fait des pays qui accueillent le tourisme sexuel ou dont certaines pratiques culturelles poussent des familles à vendre leurs enfants sur les marchés ou à les exposer dans des « sex tiange », ces cabanes philippines qui abritent un petit supermarché de la prostitution. Les pays occidentaux participent aussi de ce mouvement. Aux États-Unis qui est pourtant un pays prohibitionniste, on dénombre 100 000 mineurs prostitués et pour la seule ville de New York environ 4 000 mineurs victimes de traite, dont la plupart le sont à des fins d’exploitation sexuelle. En Russie, pays également prohibitionniste, le nombre de mineurs prostitués avoisinerait 50 000, révèle l’édition 2013 du rapport mondial sur l’exploitation sexuelle. Aux Pays-Bas, le phénomène des loverboys est en pleine extension. Ces jeunes hommes (ou jeunes femmes s’il s’agit de lovergirls) séduisent des collégiennes de 12 à 16 ans, les manipulent, les droguent et les prostituent. 278 victimes de ces loverboys ont été identifiées en 2012.  En France, outre les mineurs importés de l’étranger s’ajoutent de jeunes Françaises des cités recrutées par des proxénètes pour être exploitées par des réseaux de jeunes délinquants qui se sont orientés vers le marché du proxénétisme, car il n’y aurait plus de place sur celui du trafic de drogue.

L’ECPAT

L’un des moyens de combattre un tel fléau est de faire réagir la conscience collective. C’est précisément ce levier que l’ECPAT (End Child Prostitution and Trafficking) entend actionner au moyen d’un outil prometteur : une plateforme de signalement sur Internet. N’importe quelle personne confrontée à une situation d’abus sexuel pourra ainsi la signaler en ligne, de façon anonyme si elle le souhaite. Ce projet qui verra le jour en mars 2014 est mené en partenariat avec 16 autres pays européens et les polices locales. L’objectif de ce site est à la fois de dissuader les éventuels auteurs et de faciliter les enquêtes policières. Le partage d’informations permet de recouper des éléments d’un futur dossier et d’obtenir des témoignages. L’objectif est aussi d’offrir un outil de réponse à des personnes qui ne connaissent pas le levier à activer pour partager leurs inquiétudes. Une telle initiative a tout son sens dans un contexte où il est très difficile de lutter contre des réseaux qui se font de plus en plus discrets pour s’adapter à la mobilité du marché du sexe et qui recrutent leurs proies sur Internet.

Notis©2013

Sources : Rapport mondial sur l’exploitation sexuelle, édition 2013 par la fondation scelles

Illustration : Amnesty International


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