Le couloir de la retraite
Publication : 30 octobre, 2013 > par Sidney Usher | Catégorie(s) : Droit humanitaire, R.H., Santé, Société | Commentaire(s) (Un commentaire)

Pour certains retraités, il n’est pas question de sortir définitivement de la vie active. Ce n’est pas seulement l’amour du travail qui les pousse à travailler sans relâche parfois 30 heures par semaine: l’occupation est pour eux une question de vie ou de mort. C’est le cas de ce médecin qui, à l’âge de 83 ans, exerce comme consultant pour plusieurs organisations et apporte sa contribution dans une revue médicale, juste « pour tenir ». De nombreuses études montrent, effectivement, que la retraite ne rythme pas forcément avec une bonne la santé.

Les effets kafkaïens

Un rapport publié par une organisation basée à Londres, «Institute of Economic Affairs», révèle que la retraite est un facteur qui augmente la probabilité de souffrir de dépression (40%)  et d’un handicap physique (60%). Selon ce rapport, quelque soit l’âge de départ à la retraite et le pays où ils vivent, les personnes concernées souffrent de la même manière et à des degrés similaires. Dans la première année de la retraite, la santé connait une réelle amélioration. Mais deux à trois ans plus tard, les conditions physiques et mentales des retraités commencent à se détériorer.

D’autres études ont montré des résultats similaires. C’est le cas de celle réalisée, sur une période allant de 1992 à 2005, par l’Université Bentley à Waltham, Massachusetts, qui constate qu’en moyenne les gens éprouvent un certain malaise dans les six ans qui suivent le départ à la retraite. Hypertension, maladies cardiaques, accidents vasculaires cérébraux et l’arthrite sont des maux physiques communément rencontrés après la retraite. Cette étude mentionne également la dépression.

Les causes du « naufrage »

Il existe plusieurs raisons pour lesquelles la santé chute après le départ à la retraite. L’état mental et l’environnement social restent les facteurs les plus importants. Pour beaucoup de personnes, le travail est un milieu socialisant, propice à l’activité physique. Lorsque ce réseau social basique cesse de fonctionner, la santé commence son déclin. L’interaction sociale laisse la place à la solitude. Puis, la solitude mène à la maladie mentale qui elle-même débouche sur la maladie physique. Car le patient atteint mentalement sombre dans la négligence et ne prend plus soin de lui-même.

La réduction des revenus peut également affecter la santé du retraité. En effet, faute de revenu suffisant, une personne à la retraite sera encline à consommer des aliments moins chers et donc moins riches, évitera d’aller chez le médecin aussi souvent qu’il le devrait et abandonnera son abonnement au sport.

Les conséquences de l’arrêt définitif du travail, sont quasiment immédiates. Une retraitée âgée de 60 ans raconte qu’un de ses amis, chirurgien de profession, a eu un accident vasculaire cérébral deux mois après sa retraite, tandis qu’un autre a commencé à oublier des détails de la vie, après des mois passés à regarder la télévision toute la journée. «Une fois que vous les éloigné de leur travail, la plupart des gens n’ont aucune idée de ce qu’ils vont faire. Et c’est ce qui conduit à la détérioration de leur sante », dit-elle.

Combattre en retraite

La plupart des retraités en bonne santé continue à avoir une vie active et sociale. Selon les chercheurs, pour rester en bonne santé mentalement et physiquement, les retraités doivent combler le déficit d’activité sociale et physique engendré par leur nouveau statut. Cette transition vers d’autres paysages stimulant peut se faire collectivement, avec d’autres retraités, de sorte que l’interaction sociale puisse se poursuivent sans relâche, grâce, notamment, à des activités bénévoles, des conférences et des rencontres.

Le rapport préconise également une solution plus radicale : la fin de la retraite ou, du moins, le recul le plus tard possible de son échéance. Il ne s’agit pas de pousser les gens à mourir au bureau, mais de trouver une autre alternative à une notion qui a perdu sa saveur. Les chercheurs partent du constat que l’espérance de vie a augmenté d’une dizaine d’année depuis les années 1960. Il est donc improductif d’éloigner définitivement une personne du monde du travail alors qu’elle a encore de beaux restes. La réduction du nombre d’heures de travail est, selon les chercheurs, la meilleure alternative. Il est nécessaire d’adapter le dispositif de la retraite à la nature du travail. Dans certaines situations la retraite semble être inadaptée ; elle na plus sa raison d’être quand elle produit des effets négatifs sur la santé. C’est pourquoi, notre médecin octogénaire envisage de continuer à examiner les patients jusqu’à ce que la maladie l’oblige à sortir du monde du travail. «Seul, l’Alzheimer pourrait me pousser à la retraite. Mais, je suis bien placé pour dire que cela n’arrivera jamais » plaisante-t-il.

Notis©2013

Sources: Work Longer, Live Healthier by the Institute of Economic Affairs

Illustration : Sink/AFP (crédit photo)


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