Le paradoxe Africain
Publication : 3 octobre, 2013 > par Sidney Usher | Catégorie(s) : Economie | Commentaire(s) (2 commentaires)

Les investisseurs étrangers, les médias et les politiciens d’ici et de là-bas, de Barak Obama à Jacob Zuma en passant par Alassane Ouattara, se font les avocats de la croissance de l’économie africaine. Tous ont deux mots à la bouche:  » Emergence Africaine « . Mais, la majorité des Africains, qui vivent les réalités quotidiennes du continent, chantent, eux, un « Blues » sobre et misérable. Ils  se plaignent d’une croissance économique dont le doux parfum demeure hors de leur portée.

La « Pauvreté vécue »

«Après une décennie de croissance en Afrique, la base de la pauvreté demeure », est le titre du rapport rédigé par l’organisation « Afrobarometer» (« le baromètre de l’Afrique »), qui a interrogé 51 605 personnes à travers 34 pays, sur une période allant d’octobre 2011 à Juin 2013. Selon ce rapport, environ un Africain sur cinq peine à avoir un repas par jour, de l’eau potable ou des soins médicaux. Près de la moitié des personnes interrogées disent faire face à des pénuries occasionnelles. Plus de deux personnes sur cinq n’ont pas de revenu suffisant pour mener une vie normale. Enfin, les trois quarts déclarent avoir été sans ressources financières au moins une fois pendant l’année écoulée. Ce que les rédacteurs dudit rapport appellent « la pauvreté vécue » n’a donc pas bougé d’un iota, malgré une décennie de croissance économique.

«Bien qu’une amélioration soit palpable dans cinq pays du continent (le Cap-Vert, le Ghana, le Malawi, la Zambie et le Zimbabwe), on constate une augmentation significative de « la pauvreté vécue » dans cinq autres pays (le Botswana, le Mali, le Sénégal, l’Afrique du Sud et la Tanzanie),  » peut-on lire dans le rapport. En claire, selon « le Baromètre », en dépit des taux de croissance globalement élevés en l’Afrique, les bases de la « pauvreté vécue » n’ont pas changé. Cela signifie que, soit la croissance annoncée à cor et à cri n’est pas suffisamment forte pour produire un effet bénéfique dans la vie quotidienne des citoyens les plus pauvres (du fait de l’aggravation des inégalités sociales), soit que les chiffres annoncée sont tout simplement faux.

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La « Mal-gouvernance »

Le sondage révèle également que 56 % des Africains estiment que les pouvoirs publics ne font pas une gestion saine de l’économie nationale. Une proportion plus élevée (69%) les estime incapables d’améliorer les conditions de vie des pauvres. Ils sont plus nombreux (71%) en ce qui concerne la création d’emploi et encore plus (76%) s’agissant de la réduction des inégalités. Des résultats, il faut l’avouer, bien décevants, alors que les économies africaines auraient augmenté en moyenne de 4,8% entre 2002 et 2011, faisant de ce continent la nouvelle coqueluche de la communauté des investisseurs. Tant et si bien que le magazine The Economist n’a pas hésité à assimiler l’Afrique au  » continent de l’espoir « .

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                    *Les richesses qui minent

Pourtant quelques sceptiques avaient tiré la sonnette d’alarme sur le risque d’un boom économique qui ne profiterait qu’à une petite élite, au détriment d’une masse de pauvres et de chômeurs. Cette base d’inégalité est d’ailleurs le lit de troubles violents et instabilité chronique qui minent le continent. La vague de «l’afro- optimisme» doit donc être nuancée. Carolyn Logan, professeur de sciences politiques à l’Université du Michigan et coordinatrice de la vaste enquête, a déclaré: « Les résultats du sondage montrent qu’il y a un gouffre entre la croissance publiée et de la persistance – en fréquence et en gravité – de la pauvreté parmi les citoyens ordinaires. Il est évident que les gouvernements africains doivent concentrer toute l’attention sur les efforts de réduction de la pauvreté, d’autant plus qu’ils surfent actuellement sur une économie en pleine croissance « .

Notis©2013

Sources : www.afrobarometer.org


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