DE L’AMBITION
Publication : 1 juillet, 2013 > par Sidney Usher | Catégorie(s) : Management | Commentaire(s) (Pas de commentaire)

Selon un sondage, l’épanouissement personnel passe pour une majorité (70%) de citoyens par la réussite professionnelle, ce qui signifie que la quête de la promotion sociale est une priorité dans la société moderne. Aujourd’hui, personne ne peut nier le fait que la réussite sociale est une compétition où les meilleurs gagnent et laissent les autres sur le tapis, comme dans un matche de boxe. Mais, à la différence du sport, tous les moyens sont bons pour parvenir au résultat, car il n’y a pas beaucoup d’arbitre dans le monde professionnelle et fort peu de sanction. L’ambition n’est donc plus un paradoxe, un concept, un comportement à éviter ou bannir, au nom de la sagesse ou du plaisir.

1. VENDEZ-VOUS !

Il est de notoriété publique qu’un talent qui ne parvient pas à se vendre est un talent perdu. Il restera méconnu, sans parvenir à exprimer ses potentialités. Se vendre, assurer sa propre promotion, n’est plus maintenant l’apanage des célébrités. Tout le monde est sollicité et doit d’une façon ou d’une autre assurer ses relations publiques, a plus forte raison dans le monde de l’entreprise, où on ne peut pas compter sur la lucidité ou la bienveillance de ses collaborateurs, de ses témoins. C’est plus qu’une erreur de croire que votre qualité personnelle va être reconnue par elle-même, sans que vous ayez besoin de la mettre en valeur, c’est aussi une forme de prétention. Un égocentrisme qui nie tout ce que vous pouvez transmettre a l’autre et vous enferme dans une autarcie orgueilleuse.

Vos réalisations sont des fragments qui s’insèrent dans le montage complexe de l’entreprise. Bien faire votre fraction de travail peut vous paraitre valorisant, mais pensez plus large : cela peut aussi freiner votre carrière en transmettant l’idée que votre esprit s’épanouit dans le fragment. Pour gravir les échelons de la hiérarchie, vous devez au contraire convaincre que votre nature est faite pour de plus grandes responsabilités.

Adoptez les règles de marketing : considérez-vous comme une marque, et defendez vous, rendez-vous comme tel. Organisez une communication cohérente et consistante, et soyez persévérant. La victoire se gagne par la ténacité. Ne le faites bien entendu pas de façon trop ostensible. Ne paradez pas. Vous prenez le risque, si votre désir devient visible, d’altérer la puissance de votre action. Dans l’idéal, vos interlocuteurs feront l’amalgame entre vous, produit promotionnel, et votre caractère, votre nature.

Ne craignez pas forcement l’excès, évitez simplement l’aveu. L’excès sera assimilé par votre interlocuteur, dans un mouvement de réduction de dissonance cognitive, et pourra même jouer en votre faveur. Par contre, ne révélez jamais votre intention réelle. Au fond, tout le monde sait ce que vous faites, ou du moins tout le monde s’en doute. Mais l’incertitude, qui persiste simplement faute d’aveu, suffit à soigner la conscience, a maintenir cette hypocrisie nécessaire au mythe de la pureté, d’une forme de moralité soporifique dans laquelle un étrange conformisme nous retient. L’erreur, trop facile, serait de clarifier, d’avouer. Cela briserait en un instant toute la construction fragile sur laquelle tient le système. Jamais un politique ne confessera son hypocrisie. S’il lui venait la folie de le faire, il serait balayé par un élan de rejet, de haine. Ses militants se sentiraient bafoues, rejetés, trahis. Ce serait le comble de l’irrespect, et une forme particulièrement stupide de suicide.

2. COURTISEZ !

Vous vendre ne signifie pas seulement afficher vos qualités. Vous devez également provoquer une sympathie et une confiance suffisantes de la part de vos supérieurs, pour qu’ils considèrent la possibilité, ou qu’ils ressentent le désir, de vous promouvoir. Sur ce point, vous pouvez apprendre beaucoup de l’activité des courtisans. Etymologiquement, ce terme désigne des personnes qui résident à la cour des souverains. L’objectif du courtisan est de plaire, de flatter, d’obtenir les faveurs du monarque en attirant par tous les moyens sa sympathie. Votre recherche est identique, avec cette nuance que la possibilité de prendre la place du souverain vous est techniquement ouverte. Qu’importe les moyens que vous mettez en place pour vous élever. La réussite établira son propre jugement. La finalité est le seul juge. La noblesse porte en elle-même l’absolution, l’oubli de tous les moyens dépenses pour l’atteindre. L’évolution sociale est un puissant amnésique. Pour continuer à collecter les conseils provenant de gens de bonne compagnie, écoutons Cicéron, frère de Marcus Tullins : « Mets-toi bien dans l’esprit qu’il va te falloir faire semblant d’accomplir avec naturel des choses qui ne sont pas dans ta nature. Certes, tu n’es pas dépourvu de cette courtoisie qui sied à l’homme de bien, à l’homme sociable, mais il te faudra y ajouter le sens de la flatterie, vice ignoble en toute autre circonstance mais qui, dans une campagne, devient qualité indispensable. D’ailleurs, si elle est blâmable quand, a force d’approbation excessive, elle gâte quelqu’un, la flatterie est beaucoup moins critiquable quand elle renforce l’amitié et, de toute façon, elle est obligatoire pour un candidat dont le front, le visage et les discours doivent changer et s’adapter, selon ses idées et ses sentiments, a l’interlocuteur du moment note.»

3. PRENEZ LA PLACE DE VOTRE SUPERIEUR

Gravir les échelons hiérarchiques signifie bien souvent remplacer des personnes à des postes existants. Lorsque votre prédécesseur vous cède la place en profitant lui-même d’une promotion, tout est facile. Mais ce n’est pas toujours le cas. Parfois, vous devez la conquérir. Cela se joue en plusieurs temps.

Lorsque vous êtes encore son subordonné, mesurez vos marges de manœuvre. Une attaque frontale ne sera jamais une solution, à moins d’avoir le solide soutien de personnes plus élevées dans la hiérarchie, configuration très rare. Même dans ce cas, la prudence est de rigueur. La plupart du temps, vous n’avez d’autre choix que de vous montrer solidaire et discipliné. Adaptez-vous au style de votre manager, ne vous mettez pas en danger et ne vous faites pas reconnaitre comme une menace, vous y joueriez votre place et votre crédibilité. Même si votre supérieur n’a pas la latitude de se débarrasser de vous, il est certainement au moins en position de vous créer des ennuis. Vous devez mettre en place deux types de relations bien distincts : avec vos supérieurs influents  ceux qui ont la capacité de vous promouvoir –, appliquez les principes du courtisan. Soumettez-vous. Ne vous embarrassez pas de fierté personnelle. Ne lésinez pas sur les signes d’admiration, cherchez leur amitié, leur respect. Côtoyez-les autant que possible. Ne vous cantonnez pas au lieu de travail. Insérez-vous dans leur intimité. Par exemple invitez-les à diner ou en week-end, mettez votre épouse ou époux à contribution. Prévoyez des occasions de détente ou vous pourrez, une fois leur garde baissée, faire passer vos idées ou les convaincre de vos qualités.

Par contre, avec vos concurrents, rien de tout ne cela. Soyez irréprochable, mais sans aucune familiarité. Ne critiquez pas ouvertement leur travail, gagnez de l’altitude, englobez ce que disent vos adversaires. Montrez que vous les encouragez tout en faisant passer l’idée que vous êtes capable de faire mieux, que vous comprenez les tenants et aboutissants de leurs réalisations aussi bien qu’eux, mais que vous maitrisez la globalité. Votre perspective doit être la plus large possible. Tout cela bien sur en feignant l’humilité. Vos concurrents tiennent à leur poste avec la même ardeur que vous mettez à le leur ravir. Ils sont donc en permanence sur la défensive. Un bon angle d’approche – c’est une hypothèse de travail utile – est d’agir avec eux comme avec des paranoïaques.

4. TRAITER SES CONCURRENTS COMME DES PARANOIAQUES

François Delord et Christophe André, dans leur livre Comment gérer les personnalités difficiles, nous donnent des pistes pour les aborder dans ce sens. Voici les plus utiles :

– communiquez de la façon la moins équivoque possible, afin de ne pas laisser prise aux soupçons ;

– respectez scrupuleusement les formes. Soyez toujours poli sans être obséquieux ;

– maintenez un contact régulier. Un évitement répète provoquera de l’hostilité ;

– laissez des petites victoires bien choisies ;

– cherchez des alliances ailleurs ;

– ne vous mettez pas en faute.

Tout votre travail devra être orienté vers l’affirmation de votre propre qualité, et la mise en évidence, auprès de vos supérieurs influents, des failles de vos supérieurs concurrents. Cherchez le plus d’informations possible, traquez leurs échecs, leurs secrets. Si vous en découvrez, ne vous précipitez pas, attendez le bon moment. Si l’information peut être révélée au grand jour par d’autres sources que vous, c’est encore mieux.

Communiquez toujours indirectement, par sous-entendus, montrez-vous toujours officiellement solidaire. Souvent, il vous sera demandé de collaborer fidèlement avec vos concurrents. Vous ne pouvez vous permettre de rechigner. En façade, vous devez rester un modèle d’ouverture et de collaboration. Ne vous permettez jamais un seul faux pas. Même si votre hiérarchie soupçonne votre arrivisme, ils ne pourront vous le reprocher que si vous leur en donnez l’opportunité. Les gens détestent s’apercevoir des doubles jeux. Soyez toujours de bonne constitution, toujours motive, dites toujours oui, ayez toujours un discours de communicateur. Toute votre habileté doit être mise au service d’un objectif : vous afficher d’une façon, et agir tout à l’inverse. Ne divulguez les informations importantes et stratégiques qu’avec parcimonie, et toujours en dissimulant des détails indispensables a l’ensemble, profitez de tout ce qui peut mettre vos adversaires en difficulté. Quand le succès d’un projet est douteux, tachez de vous glisser en arrière-plan. Défilez-vous des responsabilités difficiles et des places exposées. Si un projet géré par votre concurrent est en bonne voie, faites en sorte de le compromettre, tout en conservant la plus extrême prudence pour qu’on ne puisse vous soupçonner, et placez tous les indices permettant d’en attribuer la responsabilité a votre supérieur.

En résumé, tout en maintenant avec vos concurrents les meilleures relations de façade, liez toutes les alliances possibles avec les personnes qui peuvent soit vous favoriser, soit vous permettre de découvrir, de provoquer ou de mettre au jour les failles de vos adversaires. En suivant ces conseils, vous développerez votre habilité politique, et vous pourrez ainsi prendre la place qui vous est due. Lorsque cela sera fait, il vous incombera, tout comme il incombait a vos anciens concurrents, de la conserver.

Notis©2013


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