Dans la tête du dirigeant
Publication : 17 juin, 2013 > par Sidney Usher | Catégorie(s) : Management | Commentaire(s) (Pas de commentaire)

On peut identifier quatre types de leaders correspondant à quatre grands types de fonctionnement psychique et mental. La relation à soi et son investissement particulier donneront naissance au leader narcissique. A l’opposé de cette relation très particulière qu’est le narcissisme, on trouve trois types différents de relations à autrui : la relation de possession, la relation de séduction et la relation de respect, correspondant respectivement au leader possessif, au leader séducteur et au leader sage.

Le leader narcissique

Il se caractérise surtout par un degré d’autonomie élève ; peu intimidable, son fonctionnement psychique est orienté vers la conservation de soi-même. L’amour qu’il se porte lui permet de réaliser de grands projets et de s’imposer aux autres. Les composantes narcissiques de sa personnalité (sentiment d’invulnérabilité, de toute-puissance) le mettent à l’ abri des agressions du monde extérieur et lui permettent de triompher aisément de ses adversaires. Le moi de ces leaders dispose d’une grande quantité d’agressivité, qui se manifeste dans le fait d’être prêt pour l’action. Ce sont les leaders narcissiques qui ont fortement influence l’histoire (Alexandre le Grand, César) et qui créent leur entreprise. Le narcissique se sent placé au centre du monde, les autres sont là pour le servir et servir ses projets, et non l’inverse. Il se sent de plus immortel, il triomphe du temps et de l’espace. Ces qualités inconscientes déterminent profondément son comportement. Vus de l’extérieur, ces êtres peuvent apparaitre comme redoutables, car on prend rapidement conscience de sa propre non-existence face à eux. Les hommes et les événements sont là pour les servir. On comprend mieux à présent leur incapacité en général à trouver des successeurs. Ce schéma de fonctionnement s’applique à de nombreux entrepreneurs. Ils sont psychologiquement aveugles, ils perçoivent peu leur entourage. Prisonniers de l’illusion narcissique, ces leaders n’envisagent pas leur mort et écartent soit par la voie brutale, soit par la voie juridique, soit par des manœuvres de pouvoir, leurs éventuels successeurs. Tel ce chef d’entreprise ayant deux enfants capables de lui succéder et qui récuse l’un en déclarant qu’ « il est subtil en affaires, mais sans ambitions» et l’autre parce qu’ « il veut réussir, mais qu’il n’a pas l’intelligence des affaires ». Beaucoup d’entreprises ont disparu à cause de l’illusion narcissique ! Face au leader narcissique, les individus ne prennent pas toujours conscience de leur peu d’importance. Ils doivent servir leur chef selon un mode parental. Il faut savoir que tout être humain reproduit ou tente de reproduire, dans la réalité qui l’entoure, la structure de son monde intérieur. Le leader narcissique attend aussi de son entourage le calme et la paix. Il veut reproduire, dans le monde externe, l’homéostasie qu’il a connue dans le sein maternel. Les collaborateurs directs de ce leader charismatique doivent être à son service. Le leader narcissique n’a pas de favori ; si certains le croient, ils sont alors perdus, car le leader se sent menacé par la rivalité. Il est au centre du monde et de l’attention, il doit le rester. Avec le leader sage, il est le seul leader à pouvoir travailler avec tout type de structures psychique, obsessionnelle, hystérique et phobique. Lorsqu’il y a de tels leaders a la tète d’une organisation, les leaders complémentaires ou numéros deux se trouvent dans l’ombre portée du soleil. Il va sans dire que la description de types psychologiques presque purs a pour but d’illustrer certains fonctionnements psychiques. Dans la réalité on parlera plutôt de leaders à prédominance narcissique.

Le leader possessif

Il possède une capacité d’agir énergiquement, avec une relation particulière à autrui. La marque de ce type de leader est l’avoir, avoir aussi bien des êtres vivants que des objets de toute nature ; la fixation pulsionnelle de cette structure psychique contraint le leader à n’envisager la relation à l’autre qu’en effaçant les caractéristiques humaines de l’autre. Les autres sont des objets anonymes, interchangeables, manipulables. Dans les entreprises dirigées par de tels leaders, l’univers organisationnel vit dans un climat particulier : aucune résistance n’est tolérée, L’être humain qui résiste oppose une image contraire au leader possessif, contrarie sa vision du monde ; cet homme doit disparaitre. Dans le monde stalinien, c’est par dévoration que ce type de personne était détruit. Dans le monde hitlérien, les êtres humains étaient focalisés : disparition de l’être humain par avilissement, rabaissement au niveau animal (Auschwitz était appelé l’anus du monde). Dans ces entreprises, le leader possessif peut prendre le pouvoir avec l’accord des directeurs (type leader consensuel) et ne révéler qu’ex-post sa vraie nature ; l’autocrate apparaîtra alors pour diriger de façon efficace, sadique et, de temps en temps, brutale. Le leader possessif réactive chez ses collaborateurs immédiats des pros problèmes liés aux pulsions partielles sadiques, orales et anales, à savoir la passivité et l’obéissance. Le modèle du fonctionnement de l’appareil digestif, qui a un équivalent sur le plan mental, est privilégie. Les collaborateurs doivent aider leur leader dans un monde ou ils projettent avec force leurs pulsions agressives et surtout destructrices. Ils participent, eux aussi, aux fantasmes de manipulation, de dévoration ; ils conquièrent des parts de marche, ils participent à des stratégies de conquête et de domination. Les êtres humains, fixes dans ces positions psychiques, s’identifient fortement à leur leader, qui valide leurs actes en les récompensant. La maitrise de l’environnement externe est l’objectif principal. Ces managers sont plus orientés vers les choses que les idées. Ils se concentrent sur les faits et sont concernés par les résultats immédiats, visibles et tangibles.

Le leader séducteur

Il investit la part la plus grande de son énergie psychique dans la vie affective, émotionnelle : aimer, mais surtout être aimé. Sa stratégie existentielle est entièrement dominée par les pulsions élémentaires auxquelles toutes les autres pulsions sont soumises. Un tel leader exerce une étrange fascination sur l’entourage, qu’il séduit par la parole ; il sait entrainer l’adhésion de ses collaborateurs, en réactivant psychologiquement chez eux l’envie d’être aimé par les figures parentales. Ce leader peut aussi bien être charismatique que consensuel ; lorsqu’il est consensuel, il est perpétuellement dans la relation de séduction avec les directeurs qui l’ont porté au pouvoir. Cette structure psychique est caractérisée par une lacune dans le développement de la maturité psychique empêchant l’être d’achever sa maturité sur un mode unifie (ce qui est le sens premier d’individu : indivis, homogène). Ce personnage immature a une stratégie de domination par la fascination, il devient une idole entourée de fans. Il donne a ses adeptes l’impression qu’il peut tout et qu’il sait tout. Ce type de leader se comporte comme une sorte de mage ou d’oracle. La pensée magique n’est pas loin. Il cache et promet à la fois, ce qui lui assure des partisans fidèles. Il provoque chez ces derniers des régressions psychiques facilitant sa domination, en les maintenant dans un ravissement continu. Ce type de leader peut entrainer des millions d’hommes et de femmes tout autant sur le chemin de la vertu (croyances, religions, idéologies), que dans le malheur et la destruction. Le leader séducteur peut s’entourer de personnes dotées de structures psychiques obsessionnelles et hystériques, mais il fait fuir les phobiques, pour qui le danger réside dans le rapprochement. Les collaborateurs ont pour tache, par leur présence et par leur admiration inconditionnelle, de renforcer chez lui l’amour de soi. Le leader séducteur a des stratégies de maitrise de l’organisation, il donne sa préférence aux structures et aux processus de décision, et est le centre de l’identité organisationnelle. Ses collaborateurs sont prêts à des stratégies de conquête fondées sur l’exhibition et la séduction (des produits qui plaisent par des qualités fascinantes). De la conquête du marché à la conquête du public en général, tout sera mis en œuvre pour fasciner, plaire, séduire.

Le leader sage

C’est un adulte accompli, qui respecte profondément la personnalité des êtres avec qui il est en relation. Son exercice du pouvoir ne menace pas autrui. Il peut être craint, jamais redouté. Selon le schéma de maturité pulsionnelle développé par la psychanalyse, le leader sage possède une personnalité bien intégrée. Il présente à ses interlocuteurs une image paternelle, mais non paternaliste. Alors que pour chacun des autres leaders, c’est soit une composante psychique (le narcissisme), soit des pulsions partielles mal intégrées (le noyau hystérique ou les pulsions sadiques-orales et sadique-anales) qui déterminent leur comportement avec les autres, l’intégration pulsionnelle permet au leader sage un fonctionnement psychique plus harmonieux. Dominant sa vie pulsionnelle, il utilise pour le bien de la communauté au milieu de laquelle il vit la presque totalité de son énergie psychique : il est bienveillant, sévère et juste. Ce type de leader permet des stratégies de développement et de croissance. Grace à sa maturité, il facilite la carrière de ses collaborateurs, qui pourront à leur tour diriger. Le leader sage peut travailler avec tout type de structure psychique ; même les phobiques ne se sentent pas menaces par lui, car il sait se tenir mentalement à la distance voulue. On ne rencontre pas souvent ce type de leader dans les organisations ; mais, lorsqu’il dirige, on sent que le père est présent, à l’écoute de tous, réactivant et facilitant, mentalement et psychiquement, un développement harmonieux grâce à la qualité de l’environnement crée.

Notis©2013


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