L’armement mondial n’échappe pas à l’austérité
Publication : 16 avril, 2013 > par Sidney Usher | Catégorie(s) : Economie, Politique | Commentaire(s) (Un commentaire)

Pour la première fois depuis 14 ans les dépenses militaires au niveau mondiales ont baissé de près de 40% en 2012. Hors inflation, les dépenses mondiales affectées à l’armement en 2012 se chiffrent à 1.750 milliards de dollars, ce qui représente en moyenne 2.5% du PIB, soit 250 dollars par personne et soit une diminution  de 0.5% comparativement à l’exercice 2011. C’est ce qui ressort du rapport annuel sur la production internationale d’armement, publié ce lundi 15 avril 2013 par le « Stockholm International Peace Research Institute » (SIPRI)

Le nouvel équilibre

Les dépenses militaires en Chine, une grande partie du reste de l’Asie (3,3%), le Moyen-Orient (+8,4%), la Russie, l’Amérique latine et l’Afrique du Nord ont augmenté, tandis qu’en Europe et aux États-Unis, le vent de l’austérité combiné à la fin des guerres en Afghanistan et en Irak ont entrainé une diminution drastique du budget affecté à la défense. Bien que les Etats-Unis se targuent de posséder l’armée la plus équipée et la plus financée du monde, force est de constater un déplacement de l’équilibre des forces militaires, en particulier en Chine. Cette nouvelle donne pose un défi pour les dirigeants politiques et militaires occidentaux.

La réorientation des dépenses militaires en Amérique du nord et en Europe affecte également le rendement de l’industrie de l’armement dans ces régions. Les  marchés traditionnels, tels que les Etats-Unis et en Europe, sont en baisse. En revanche, les entreprises chinoises et russes, soutenues par les investissements de leurs gouvernements, font des percées sur les marchés étrangers. Résultat, les entreprises occidentales, comme Lockheed Martin et BAE, ont ostensiblement perdu  du terrain au niveau de leurs ventes internationales.

Cette nouvelle tendance est confirmée par Sam Perlo-Freeman, directeur des dépenses militaires de l’Institut international de Stockholm chargé de la recherche pour la paix: «Nous assistons à ce qui pourrait être le début d’un changement dans l’équilibre des dépenses militaires mondiales des pays occidentaux, dits riches,  vers les régions des pays en émergence. Les politiques d’austérité conduisent à une érosion des dépenses, ici, et les investissements conduisent à une croissance économique continue, ailleurs.

L’activisme Chinois

Alors que les Etats-Unis sont dans une négociation de réduction budgétaire qui traine en longueur, la Chine, elle, continue d’investir massivement. De 2003 à 2012 les dépenses militaires de la Chine sont passées à près de 175%. Ce qui constitue la plus forte hausse parmi les quinze premiers équipementiers mondiaux. L’année dernière, la Chine a dépensé 166 milliard de dollars, soit une hausse de 7,8% par rapport à l’année précédente. Les résultats de cet activisme chinois commencent d’ailleurs à se manifester. Pékin a récemment lancé son premier porte-avions et testé un avion de combat furtif qui semble être plus avancé que ce que les experts américains de la défense avaient prévu. La Chine a également présenté son drone de combat au Salon de l’Air, l’année dernière à Zhuhai. En outre, les accusations de cyber-espionnage confirment la montée en puissance de la Chine dans le domaine de la cyber-sécurité.

Certes, les dépenses militaires des pays du continent asiatique ont ralenti au cours des ces cinq dernières années. Mais l’influence incontestable de la Chine, continue d’alimenter les dépenses régionales et incite les Etats-Unis à revoir sa stratégie en Asie.

 Cette bonne santé de l’industrie militaire chinoise se manifeste au-delà des frontières régionales. En effet, l’année dernière, la Chine a évincé le Royaume-Uni, devenant le cinquième plus grand exportateur mondial d’armes, grâce, en grande partie, à ses exportations vers le Pakistan.

Pendant ce temps, des entreprises de fournitures militaires des États-Unis, comme Lockheed Martin, Northrop Grumman, et du Royaume-Uni, comme BAE, font fassent à des obstacles rédhibitoires: l’austérité budgétaire qui réduit leur marge de manœuvre au sein de leurs propres marchés intérieurs; leur exclusion des marchés à forte croissance: la Chine et de la Russie ont imposé un embargo de fait sur les armements provenant de l’étranger.

Du reste, le « Stockholm International Peace Research Institute » (SIPRI) s’attend à ce que les dépenses militaires mondiales continuent à baisser jusqu’à ce que l’économie mondiale se redresse. Ce qui n’est pas pour bientôt.

Notis©2013

Sources : Financial Times / SIPRI.org


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