«LA GUERRE EN IRAK A ETE UNE TERRIBLE ERREUR !»
Publication : 19 mars, 2013 > par Sidney Usher | Catégorie(s) : Politique | Commentaire(s) (Un commentaire)

Plus de dix ans après le début de la guerre en Irak, Hans Blix, qui était à la tête de l’inspection des armements de ce pays, témoigne : « Trois jours avant l’invasion, un officiel américain nous a demandé de quitter le pays. C’est ainsi que quelques centaines d’inspecteurs non armés de l’ONU ont quitté l’Irak, pour laisser la place à des centaines de milliers de soldats. Puis, a débuté une occupation qui a engendré d’horribles dégâts, en terme de vies humaines, de larmes, de souffrance et de ressources naturelles. Plus de dix années ont passé, et je suis encore plongé dans les raisons pour lesquelles cette terrible erreur et cette violation manifeste de la Charte des Nations Unies ont été commises. J’explore aussi les éventuelles leçons à en tirer de ce cauchemar.

Une guerre détournée

Après les attaques terroristes du 11 Septembre 2001, l’administration de George W. Bush a brusquement lâché du lest dans sa traque en Afghanistan, pour se concentrer sur l’Irak. Malheureusement le seul résultat positif de cette guerre a été l’élimination du tyran d’Irak, Saddam Hussein. En effet, la guerre visait à éliminer les armes de destruction massive en Irak, mais il n’y en avait pas. La guerre visait à éliminer Al-Qaïda en Irak, mais ce groupe terroriste n’existait pas dans le pays et n’y a fait son apparition qu’après l’invasion. La guerre avait pour but de faire de l’Irak un modèle de démocratie fondée sur le droit, mais elle a remplacé la tyrannie par l’anarchie et conduit l’Amérique à des pratiques qui violent lamentablement les lois de la guerre. La guerre avait pour but de transformer l’Irak en tremplin, une base qui aurait permis aux troupes américaines d’agir, éventuellement contre l’Iran, mais elle a procuré à l’Iran un nouvel allié au cœur même de l’Irak, à Bagdad.

Les ADM

L’administration Bush était déterminée à aller en guerre, sous le prétexte d’éliminer les armes de destruction massive (ADM). Le secrétaire adjoint à la Défense à l’époque, Paul Wolfowitz, a expliqué que c’était la seule raison acceptable par toutes les parties prenantes de l’administration américaine. L’argument des ADM a également pesé sur le public et le Congrès américain. En effet, à l’automne de 2002, la menace semblait crédible. Bien que ne croyant pas que Saddam ait eu à dissimuler ou poursuivre un programme nucléaire, j’ai moi aussi cru dans la possibilité d’une existence d’armes biologiques et chimiques, vestiges de la guerre entre l’Irak et l’Iran.  Cependant, les soupçons sont une chose et la réalité en est une autre. Les inspecteurs de l’ONU ont été invités à rechercher, signaler et détruire les armes réelles. Comme nous n’avons pas trouvé d’armes et pas de preuves à l’appui des soupçons, nous en avons parlé. Mais secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld a rejeté nos rapports avec une formule byzantine: «L’absence de preuve n’est pas une preuve d’absence ». Les gouvernements Américains et Britanniques se sont foutus du monde entier, en se basant sur de fausses preuves d’existence d’armes « portés disparues », pour attaquer l’Irak. Ces prétendues armes n’existaient pas ! Nous avons inspecté plusieurs centaines de sites sur tout le territoire Irakien. Dans de rares cas, nous avons trouvé des armes classiques, mais pas d’armes de destruction massive. Les gouvernements qui ont lancé la guerre étaient convaincus à 100% qu’il y avait de telles armes, mais ils avaient une connaissance de 0% de l’endroit où ces armes se situaient.

Des leçons à tirer

Une  des leçons de la guerre en Irak, c’est que nous devrions prêter plus d’attention aux résultats des rapports internationaux basés sur des inspections professionnelles de terrain. En 2003, l’alliance des États qui se sont portés volontaire dans la guerre n’a pas procédé ainsi. Après le déclenchement de la guerre, plusieurs d’entre nous avions été mis sur écoute. Je regrette que ceux qui m’écoutaient à mon insu n’aient pas prêté attention à mes protestations. Parmi les institutions qui m’avaient mis sur écoute, seul le Conseil de sécurité a déclaré que cette guerre a été menée sur la base de faux témoignages. Quant aux dirigeants politiques, responsables de cette guerre viciée à la base, ils ont affirmé qu’ils avaient agi de bonne foi. Ils ont même ajouté que des interrogatoires d’Irakiens ont montré que le régime Irakien envisageait reprendre son programme d’armement massif. Je ne doute pas de la bonne foi des dirigeants politiques, mais je regrette leur manque de discernement qui a apporté une guerre et la mort dans un pays, pour des motifs futiles. Le 11 Février 2003, soit moins de cinq semaines avant l’invasion, J’ai dit à Condoleezza Rice, conseillère à la sécurité nationale américaine, mes doutes sur le rapport de son département concluant à l’existence d’armes de destruction massive en Irak. Sa réponse a été que c’est l’Irak qui était en cause et non les auteurs de ce rapport. Et au cours d’une conversation téléphonique avec Tony Blair, le 20 Février 2003, j’ai également mis en cause le bien fondé d’une éventuelle invasion en Irak. Le Premier ministre britannique m’a répondu, en se basant sur le rapport de l’intelligence (service secret) Américaine, que Saddam Hussein avait reconstitué ses programmes d’armes de destruction massive. En tout cas, objectivement, personne ne pouvait croire en 2003 que la prostate Irak était une menace pour n’importe quel autre Etat. Je ne puis juger si les prisonniers irakiens étaient sincères quand ils parlaient intentions de Saddam Hussein de relancer les programmes d’armement après la fin des sanctions. Ils auraient pu dire tout ce que leurs interrogateurs occidentaux voulaient entendre. De toute façon, le risque d’un programme de reprise des armes était lointain et hypothétique – et l’ONU avait prévu un système d’alerte de suivi renforcé qui devait continuer en Irak, même après la levée des sanctions.

La leçon la plus importante de la guerre en Irak, est que l’excès de confiance dans un pouvoir militaire peut déboucher sur des désillusions et mettre en évidence les limites de la solution militaire. Intervenir rapidement avec des bras musclés et des grèves paralysantes pourrait être facile pour une grande puissance, mais la réalisation des objectifs politiques souhaités est une autre affaire très, difficile à réaliser. La maxime « Casser pour posséder » vient à l’esprit. Cette manière de faire au Vietnam, en Afghanistan et en Irak ont été des entreprises longue et coûteuse, avec des résultats très mitigés. Depuis lors, aux Etats-Unis, la prudence est de mise, comme l’a démontré le cas de la Libye et actuellement avec la Syrie.

Une autre leçon importante est qu’aujourd’hui toute intervention militaire internationale est susceptible d’être condamné par la plupart des pays, sauf s’il s’agit d’un cas manifeste de légitime défense ou si elle a été autorisée par le Conseil de sécurité. Pour la guerre d’Irak, il n’y a eu ni légitime défense, ni autorisation du conseil de sécurité. »

Notis©2013


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