Bebo Valdés, légende du jazz latino, est mort
Publication : 23 mars, 2013 > par Sidney Usher | Catégorie(s) : Culture | Commentaire(s) (Pas de commentaire)

Bebo Valdés, ce grand homme dont la musique est l’expression d’une générosité pure et sans borne, est décédé hier, vendredi 22 mars 2013, à l’âge de 94 ans. Ce géant de la musique cubaine a été l’un des fondateurs du latin-jazz. Il est également un pionnier de la musique de danse populaire portée par les rythmes afro-cubains.

De La Havane à Stockholm

Sa carrière l’a emmené du Tropicana, Club de La Havane, aux célèbres salons d’hôtel de Stockholm, où il a joué, dans l’anonymat,  pour gagner sa vie pendant vingt-cinq ans, avant de revenir dans les studios d’enregistrement et entreprendre des tournées, dans les années soixante-dix. Son retour est d’autant plus remarquable qu’il récoltera cinq Grammy Awards pour une suite de chef-d’œuvre consacrée au  jazz latino. Il a continué à jouer du piano, malgré la maladie d’Alzheimer, passant les dernières années de sa vie dans le sud de l’Espagne, en compagnie de son fils, le pianiste Chucho Valdés, dont il avait été séparé pendant de nombreuses années avant que la musique ne les rassemble.

« Bebo était sa musique», a déclaré Nat Chediak, le producteur basé à Miami, qui, avec le cinéaste espagnol, Fernando Trueba, ont réalisé ces enregistrements qui, sur le tard, ont révélé  le talent exceptionnel de Valdés. «Je ne l’imaginais pas un seul jour sans être assis derrière un piano. D’une certaine façon, jouer du piano le maintenait en vie.  » ajouta-t-il.

« Le paradis »

Nés Valdés Ramon, Bebo Valdès quitta, à l’âge de 17 ans, son village de Quivicán, pour aller étudier au Conservatoire de La Havane. En 1948, il fut engagé pour jouer au sein du célèbre orchestre du Club Tropicana dirigé par Armando Romeu. « Le Tropicana était le paradis !» a affirmé Valdès, en 1996, dans un entretien paru dans le « Miami New Times. C’était l’endroit le plus moderne et le plus beau. Tous les grands noms de la musique sont passés par là : Nat King Cole, Woody Herman, musiciens et chanteurs venus d’ailleurs et de partout(…)». Les musiciens de jazz américains, de passage au Tropicana et autres lieux de concert dans La Havane, ont fortement inspiré les musiciens cubains qui créèrent leurs propres jam sessions, les « descargas ». « Tous les dimanches, les musiciens se réunissaient dans une maison et se laissaient aller musicalement. Ces « descargas » étaient l’occasion de faire sortir toute la rage intérieure qui nous rongeait « , a expliqué Valdés.

L’histoire du Jazz

En 1952, le producteur Américain et fondateur de la Firme Verve, Norman Granz, enrôla Valdés pour enregistrer à Cuba, pour la toute première fois, une session consacrée au jazz afro-cubain. Puis, il signa avec le pianiste cubain un contrat de production de quatre ans. Valdés, à la tête de son orchestre, « Sabor de Cuba », mit au point un nouveau type de rythme, appelé Batanga, que pour la première fois il intégra au bata, rythme sacré conduit par deux tambours, très usités dans les rituels du peuple Yoruba (Nigéria). Dans une entrevue parue en 2008, Valdès a affirmé : «L’histoire du jazz latin est vraiment une très longue histoire. Tout a commencé lorsque les mâles Européens sont arrivés en Amérique latine sans leurs femmes blanches. Les Mulatos (mulâtres, métisses) sont nés des femmes esclaves. Et la musique européenne s’est pareillement associées aux rythmes africains. C’est cette fusion des races qui a créé tous les rythmes que nous avons aujourd’hui dans les Amériques : du jazz américain à la musique cubaine. Le latin-jazz est le mélange de toutes ces choses, et il continuera son évolution de différentes façons. « 

La séparation

Avec l’accession au pouvoir de Fidel Castro en 1959, Valdés comprit que sa place n’était plus à Cuba. Le pianiste se souvînt : «un après-midi, vers 16 heures, j’étais en pleine session d’enregistrement. A vrai dire je savais ce qui allait se passer et j’étais sur le point de d’aller m’installer au Mexique. Un individu entra, il dit qu’il était de la milice ou de quelque chose… Il portait une chemise rouge vive, il y avait deux camions et un bus stationné à l’extérieur. Je lui dis ceci:« Désolé, je dois finir ma session d’enregistrement. Et il dit: «Il n’ya pas de session d’enregistrement, tout est suspendu. J’ai dit: «Je ne vais à aucune réunion, je vais la regarder à la maison, à la télévision. Il dit, «Vous devez y aller, camarade. J’ai dit: « Je ne suis pas votre camarade. Je suis un ami ou un ennemi ou rien. Il a dit: «Écoutez, vous êtes sur la mauvaise voie. Si vous ne montez pas dans ce bus, vous allez avoir des problèmes. ».

Valdès ne monta pas dans l’autobus.

En Octobre 1960, Bebo Valdés quitta sa famille pour aller s’installer à Mexico avec Rolando Laserie, un chanteur de son groupe. Il laissa dans l’île un héritage musical avec ses cinq enfants, dont notamment Chucho et  Mayra Caridad Valdés.

Un citoyen aimé du monde

Lors d’une tournée européenne avec son orchestre, il rencontra sa future épouse, Rose Marie Pehrso, dans un parc de Stockholm. Ils se marièrent et deux « Mulatos » naquirent de cette union. Bebo Valdés devînt citoyen suédois à la fois à part entière et entièrement à part.

En 1990, le réalisateur espagnol Fernando Trueba présenta Bebo Valdés dans son documentaire sur le Latin-Jazz intitulé « Calle 54 », dans lequel il retrouvait, pour la première fois depuis son départ de Cuba, son fils Chucho. Valdés continua à enregistrer une série d’albums sanctionnés par des succès internationaux. Comme,  son superbe flamenco cubain, « Lagrimas Negras », réalisé en 2004 avec le chanteur espagnol Diego « El Cigala ». Les deux CD / DVD est « Bebo de Cuba » parus l’année suivante équivalent à une biographie musicale de Bebo Valdés.

Sa musique a également été en vedette dans le film d’animation Trueba, « Chico & Rita », approximativement basé sur la vie de du pianiste cubain. Le film a été nominé pour un Oscar en 2012.

Un documentaire sur Valdés, « Bebo Old Man», réalisé par Carlos Carcas, remporta, en 2008, le prix du meilleur documentaire Cinéaste Festival 2008 du film de Tribeca. «Il a toujours aligné ses idées sur ses principes, et l’une des choses les plus importantes dans le film est de savoir comment les gens partout l’aiment. Peu importe où et qui ils étaient, tout le monde voulait parler à Bebo Valdés», a déclaré Carcas.

Le dernier Album enregistré par Bebo Valdés est  « Bebo y Chucho Valdés: Juntos para siempre » (« Bebo et Chucho Valdés: Ensemble pour toujours »).

Malgré la distance, la musique de Bebo Valdès affiche une majesté, une éloquence et exprime finalement son l’attachement Cuba, son Île. Comme le dit Chediak : «Cuba vient de perdre l’un de ses plus grands musiciens. »

Notis©2013

Sources : Billboard/ Afp/ Dictionnaire du Jazz


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