Fraude à l’assurance : un coût estimé à 2,5 milliards d’euros
Publication : 5 décembre, 2012 > par Sidney Usher | Catégorie(s) : Economie | Commentaire(s) (Pas de commentaire)

Bien qu’il soit difficile d’établir un lien de causalité, on observe une hausse des fraudes en temps de crise. Un besoin économique pressant peut être, dans certains cas, un élément déclencheur pour les fraudeurs. Le secteur de l’assurance n’échappe pas à cette montée de vagues frauduleuses. En 2012, les assureurs-dommages ont recensé plus de 35.000 sinistres frauduleux, contre près de 12.000 en 2003, pour un montant total de 170 millions d’euros (contre 47 millions). Fausses déclarations à la souscription du contrat, faux sinistres ou exagération, les fraudes pèsent aujourd’hui 4 à 8% des primes encaissées par les assureurs en dommages et 15% des sinistres payés, selon le cabinet Deloitte.

La faiblesse des statistiques

Ces fraudes peuvent survenir lors de la souscription du contrat (dissimulation de circonstances particulières pour minimiser la prime, par exemple) ou lorsque survient un sinistre. Et les cas sont très divers, du faux vol de voiture à l’incendie volontaire en passant par l’exagération du montant des dommages !

Ces dix dernières années, de nouvelles formes de pratique frauduleuse ont fait leur apparition, en raison notamment du développement de la criminalité en bande organisée. Si les chiffres de la fraude augmentent, c’est aussi parce qu’elle est désormais mieux détectée. La fraude est ainsi prise en compte dans les « risques opérationnels » des nouvelles normes réglementaires de Solvabilité. Celles-ci imposent la constitution d’une « base incidents » qui permet d’analyser les cas de fraude avérés.

Mais les 170 millions d’euros comptabilisés représentent une goutte d’eau, comparé au coût réel de ces délits. Il est estimé par l’Alfa à 2,5 milliards d’euros pour l’ensemble de l’assurance-dommages. « Le coût réel de la fraude est difficile à matérialiser. A la perte directe, s’ajoute une notion d’image et de réputation », explique Odilon Audouin, directeur chez Deloitte Risk Advisory. La fraude entraîne une hausse du prix de revient des produits d’assurance. Les cotisations versées par les assurés servant à régler les sinistres subis par l’ensemble, ce sont au final les assurés honnêtes qui en supportent le coût.

« L’industrialisation » de la lutte anti-fraude

Lutter contre la fraude a toujours fait partie de l’univers des assurances. Depuis les années 90, cette lutte s’est intensifiée, avec l’aide de nouveaux modèles décisionnels qui facilitent la détection des cas suspects.

Les compagnies d’assurance ont, en effet, mis en place depuis longtemps des systèmes de lutte contre la fraude. Dans la plupart des cas, un service spécialisé coordonne l’action des équipes internes (agents généraux, gestionnaires de sinistres…) et des partenaires extérieurs – experts et enquêteurs agréés. Pourtant,  les assureurs n’ont véritablement « industrialisé » la lutte que depuis le début des années 90. Sans doute le coût de la détection des fraudes (et des enquêtes subséquentes) était-il jugé trop élevé au regard de l’ampleur limitée du phénomène. Mais quand le gendarme s’endort, le voleur se réveille… Et la hausse continue des fraudes rapportée par l’ALFA a sonné le réveil de la « chasse aux fraudeurs ».

Les systèmes d’information joue un rôle important dans la lutte anti-fraude, notamment grâce à l’apport du décisionnel, avec un enjeu clairement affiché : agir le plus en amont possible pour améliorer le taux de détection des fraudes et accroître au final le « ratio combiné » (sinistres/primes) qui mesure la rentabilité des assureurs. Les assureurs disposent, en effet, d’une méthodologie affinée et d’une solution complète capable de couvrir tout le process de lutte contre la fraude. Cette solution se décline en cinq points. En amont, data-management et data-mining qui assurent la collecte et l’analyse des données, basée sur une modélisation statistique prédictive des comportements frauduleux. Avec l’application de ce modèle vient alors la phase de détection proprement dite, avec des alertes débouchant sur des investigations. La solution intègre enfin des outils très précis de reporting, qui permettent d’actualiser en permanence le modèle – une étape incontournable, car les fraudeurs s’adaptent en permanence !

Malgré ces efforts, les moyens consacrés à la prévention restent limités. « La lutte contre la fraude doit être organisée au niveau du marché. « Au Royaume-Uni, aux Etats-Unis, en Allemagne et en Espagne, des bases de données sont constituées pour l’ensemble du secteur », souligne Frédéric Nguyen-Kim. Le cabinet Deloitte recommande aux assureurs d’établir en interne une « cartographie des risques » ainsi qu’un « reporting consolidé des indicateurs de fraude ».

Notis©2012


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