L’économie du Ghana peut-elle prospérer?
Publication : 22 octobre, 2012 > par Sidney Usher | Catégorie(s) : Economie | Commentaire(s) (Pas de commentaire)

Pages : 1 2

Les sceptiques pourraient avancer la situation d’un pays voisin du Ghana, la Côte d’Ivoire. En effet, longtemps considérée comme « un miracle économique », ce pays s’est englué dans une guerre civile qui a ruiné son économie, avant une renaissance de façade. Les sceptiques avancent également les méfaits ou malédictions qu’engendre la découverte du pétrole : le Ghana n’est-il pas sur la voie tracée par des pays tels que l’Angola, le Cameroun et le Nigéria, entre autres?

John Atta Mills

La mort soudaine du président du Ghana, John Atta Mills, 24 juillet 2012 n’a pas été une véritable surprise, du moins pour ceux qui vivent au Ghana. La plupart des Ghanéens savait déjà que la santé du Président était chancelante; il perdait la vue et la voix en même temps.
Pendant les sept mois précédent sa mort, ses apparitions en public étaient rares, et en dépit des affirmations officielles, la plupart des gens n’ont pas cru qu’il avait la volonté et la capacité de faire campagne pour sa réélection cette année, au mois de décembre.
La longue procession de milliers de personnes lors des obsèques et la passation en douceur des charges présidentielles, avec la prestation de serment de son vice -président, John Mahama, ont constituées un hommage vibrant à John Atta Mills, un homme de paix et légaliste convaincu.

Les Contrastes Ghanéens

Le transfert en douceur du pouvoir et la réélection nette de John Mahama attestent non seulement de la stabilité et de la démocratie de ce pays, mais aussi du contraste saisissant avec les transitions douteuses, rocailleuses et chaotiques consécutives aux décès des Présidents Felix Houphouët-Boigny de la Côte d’Ivoire en 1993; Musa Yar’Ardua du Nigéria en 2010 et Bingu wa Mutharika du Malawi, le 06 avril 2012.

En outre ce contraste politique, le Ghana est une exception sur le plan économique.
À un moment où l’Europe et le monde sort difficilement de la crise, l’économie du Ghana caracole à un taux de croissance de 08 à 14,5%, depuis cinq ans. Au titre de 2012, le taux de croissance aurait été estimé à 16%. Selon les chiffres publiés par le ministère des finances, le pays a réalisé un taux d’inflation de 8,6%, ainsi que le déficit fiscal le plus bas de ces dix dernières années (4.8%) en 2014. Par ailleurs le Ghana a attiré des investissements étrangers chiffrés à plus de 07 milliards de dollars, montant le plus élevé enregistré dans son histoire. Cette manne économique a été suscitée par des découvertes récentes et production de pétrole.

Le « success story » Ghanéen

Le label de succès économique attribué par la Banque Mondiale est une bonne note  mais pas suffisante pour le Ghana. En effet, la liberté intellectuelle (liberté d’expression, des médias…) et la réforme politique (établissement du pluralisme démocratique) doivent soutenir la prospérité économique. Les pays qui se sont endormis sur leurs lauriers économiques on connu un réveil brutal. C’est ce qui s’est produit en Côte d’Ivoire dans 2002, en Yougoslavie (1995), en Indonésie (1998), au Madagascar (2001), en Tunisie (2011) et en Égypte (2011).

En d’autres termes, la démocratie n’est pas nécessaire pour parvenir à un « success story » économique, mais il est essentiel que la Démocratie vienne en renfort pour soutenir l’essor économique.
Dans le cas du Ghana, il faut reconnaitre que l’absence de liberté et l’instabilité politique rendaient impossible tout succès économique, dans les années 90. Aujourd’hui, les choses sont beaucoup différentes. L’environnement intellectuel est beaucoup plus libre maintenant. Il y a plus de 100 stations de radio privées et plus de 20 journaux privés au Ghana. Il y a des médias vibrants et vigilants qui mettent en lumière des discussions d’un haut niveau intellectuel. On peut également parler de justice indépendante, qui n’hésite pas à prendre le gouvernement à contrepied. Le Parlement, bien qu’il ait traîné ses pieds pendant un certain temps, n’est plus une caisse d’enregistrement du gouvernement.

Des obstacles à l’horizon

Politiquement, la démocratie est bien enracinée au Ghana. A preuve, depuis 2000, il y a eu deux transitions réussis du pouvoir, sans violence ou carnage. Mais, quelques obstacles sérieux se profilent à l’horizon de la prospérité économique du Ghana

D’abord, en dehors du secteur du gaz et du pétrole l’économie claudique. L’agriculture, qui occupe près de 60% de la population, s’est développée marginalement (2,8%) en 2011. Avec une production alimentaire médiocre, le pays doit se fonder sur des importations de nourriture pour s’alimenter. Le secteur des services a également été faible. Il est difficile de trouver un produit de qualité manufacturé avec l’étiquette, « made in Ghana » (fait au Ghana). Les Ghanéens le déplorent souvent,  » nous ne produisons rien; nous importons tout, de la patte dentifrice au papier de toilette. » En conséquence, les importations augmentent dangereusement et les commandes non formelles prennent de la marge.
La situation est semblable à celle du Nigéria des années 1980 où ce pays a négligé les secteurs de l’agriculture et de la fabrication et a fait des folies sur les importations de luxe.

Pages : 1 2


Étiquettes : , , ,